Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/478

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très bien qu’on n’attaque pas un ennemi si l’on n’est sûr de le perdre, ou si on l’attaque on se perd soi-même. Brissot, Rabaut, dans leurs journaux, désavouent assez clairement ces attaques imprudentes que les Roland firent malgré eux sans doute, et peut-être sans les consulter.

Madame Roland, il faut le dire, était arrivée, dans sa haine contre Danton et Robespierre, à un degré d’irritation qu’on s’étonne de trouver dans une âme si forte. Elle n’avait guère de vices que ceux de la vertu ; j’appelle surtout de ce nom la tendance qu’ont les âmes austères non seulement à condamner ceux qu’elles croient mauvais, mais à les haïr ; de plus, à diviser le monde exactement en deux, à croire tout le mal d’un côté et tout le bien de l’autre, à excommunier sans remède tout ce qui s’écarte de la précise ligne droite qu’elles se flattent de suivre seules. C’est ce qu’on avait vu au dix-septième siècle dans le très pur, très austère, très haineux parti janséniste. C’est ce qu’on voyait dans la vertueuse coterie de M. et Madame Roland. Celle-ci devenait d’autant plus âpre que, tenue par son sexe loin des assemblées, n’agissant qu’indirectement, ne pouvant selon son courage entrer dans la mêlée, elle ne calmait pas sa passion par le mouvement et la lassitude de la vie publique. Enfermée dans son temple, parmi ses amis à genoux, cette divinité, adorée par eux comme la vertu et la liberté même, dut contracter aussi quelque chose de leur vive et excessive sensibilité pour les brutalités de la presse. Dans