Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/503

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Champagne, les rusés compatriotes du bon La Fontaine. Les formes, d’une cordialité grossière, souvent violente, y cachent d’autant mieux des esprits déliés, capables, au besoin, du ménagement des affaires et des intérêts.

Ces hommes, qu’on croit simples, n’en sont pas moins très propres à prendre des principes qui ne le sont guère. Ils acceptaient, sans difficulté, en venant aux affaires, la très fausse doctrine qu’il y a deux morales, une publique, une privée, et que la première, au besoin, doit étouffer l’autre. C’était la théorie de tous les politiques du temps. Ils se croyaient fils de Brutus en ceci et l’étaient de Machiavel. Les Jésuites eux-mêmes n’ont point dit autre chose : Tout permis pour le plus grand bien. — Grave principe de corruption pour les hommes révolutionnaires. Mais Danton, entre eux, eut du moins ceci (en quoi il vaut mieux), c’est qu’en lui l’inconséquence des principes opposés éclata nettement, que la violence et l’humanité ne se nuancèrent pas de mélanges bâtards, mais agirent tour à tour. Il ne fut pas toujours sincère, il s’en faut bien ; comme les autres, il rusa, mentit. Il ne mentit point pour paraître bon. Dans tant de paroles improvisées, lancées au cours variable des événements, il n’y a pas un mot pharisien. Son défaut fut contraire. Ce qu’il cacha et qui éclata souvent dans ses actes, parfois dans ses paroles, ce fut ce qu’il avait de bon. Une foule d’hommes sauvés par lui (chaque jour la tradition révèle de nouveaux faits en ce genre) sont