Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/57

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C’est une chose très certaine que nous avons affirmée et que nous répéterons : jusqu’au 10 août, la cour, en toute occasion, ne vit nul ennemi plus dangereux que les Girondins. Elle se serait fiée à Danton bien plus qu’à Vergniaud. Vergniaud, Brissot, Roland, Guadet, furent pour elle l’objet d’une haine bien autrement profonde. Ils lui semblaient près du pouvoir et capables de le garder. Elle eût préféré cent fois le triomphe passager des violents à la victoire des modérés, qui, dans un délai fort court, pouvait fonder la République.

Les Girondins ne parurent pas à l’Assemblée dans la nuit du 10 août. Elle avait commencé à se réunir vers minuit et demi, au bruit du tocsin. Les quelques députés qui vinrent étaient des Feuillants, et ils vinrent pour sauver la royauté ; on le voit au choix de leur président ; ce fut le Feuillant Pastoret. Ledit Pastoret s’éclipsa : ils prirent alors un député inconnu pour les présider. Où donc étaient Brissot, Vergniaud, la pensée de la Gironde, sa grande, sa puissante voix ? Où étaient-ils ? Que pensaient-ils ?

Ils attendaient et se réservaient. — Chose peu étonnante, au reste, quand on voit l’hésitation des acteurs connus de tous les partis. Robespierre s’abstint dans cette nuit, tout aussi bien que Vergniaud.

Évidemment les Girondins se réservaient le rôle de médiateurs ; ils attendaient que la cour éperdue, au bruit de la fusillade, vînt se jeter dans leurs bras.

La très peu nombreuse Assemblée qui siégea la nuit, dans l’absence des grands chefs d’opinions,