Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/76

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


bande de pétitionnaires était venue sur les bancs mêmes de l’Assemblée nationale désigner un député comme traître et demander qu’on le mît en accusation.

Rien n’étonne de la Commune, quand on sait l’étrange oracle qu’elle commençait à consulter. Le 10 au soir, une troupe effroyable de gens ivres et de polissons avaient, à grand bruit, apporté à l’Hôtel de Ville l’homme des ténèbres, l’exhumé, le ressuscité, le martyr et le prophète, le divin Marat. C’était le vainqueur du 10 août, disaient-ils. Ils l’avaient promené triomphalement dans Paris, sans que sa modestie y fît résistance. Ils l’apportèrent sur les bras, couronné de lauriers, et le jetèrent là, au milieu du grand conseil de la Commune. Plusieurs rirent ; beaucoup frémirent ; tous furent entraînés. Lui seul il n’avait aucun doute, ni hésitation ni scrupule. La terrible sécurité d’un fol qui ne sait rien, ni des obstacles du monde, ni de ceux de la conscience, reluisait en sa personne. Son front jaune, son vaste rictus de crapaud souriait effroyablement sous sa couronne de laurier. Dès ce jour, il fut assidu à la Commune, quoiqu’il n’en fût pas membre, y parla toujours plus haut. Les politiques eurent à songer s’ils suivraient jusqu’au bout un aliéné. Mais comment, devant cette foule furieuse, oser contredire Marat ? Danton ne l’eût pas osé ; seulement il venait peu à la Commune. Robespierre, qui y siégeait, l’osait encore moins. La chose lui dut coûter. La Commune prit plusieurs décisions vraiment étonnantes, celle-ci