Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 5.djvu/64

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Le corps électoral, appelé ce jour même par la Commune pour élire les députés à la Convention, vint tremblant à l’Hôtel de Ville, cinq cent vingt-cinq électeurs seulement[1]. Ces pauvres gens se rassurèrent en nommant président, vice-président, les plus fameux patriotes, Collot d’Herbois et Robespierre : on leur persuada alors de ne point faire l’élection au lieu ordinaire qui était une salle de l’archevêché, mais de prendre un lieu plus tranquille, fort éloigné des massacres, le local des Jacobins. Ils n’y furent pas tellement tranquilles qu’ils ne reçussent, le 4, le 5, pendant qu’on tuait encore, les visites très effrayantes de soi-disant volontaires qui, partant pour les frontières, venaient crier qu’ils ne partiraient pas l’âme tranquille si l’on ne chassait pas du corps électoral tel ou tel aristocrate. Robespierre fit décider qu’on ne laisserait pas voter un seul de ceux qui avaient signé les fameuses pétitions constitutionnelles des huit mille et des vingt mille. On sait les élections. Elles portèrent à l’Assemblée, outre Robespierre, Danton, Desmoulins, etc., les hommes de septembre, Sergent, Panis et Marat.

C’était un vrai coup de maître d’avoir fait du club désert le théâtre populaire du grand événement du jour, les élections de Paris. La vieille boutique fut réachalandée : on y était, on y resta. Les élections faites, la société s’assembla, peu nombreuse encore,

  1. Ces détails si importants sont consignés dans les registres de la Commune. (Archives de la Préfecture de la Seine.)