Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/253

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disséqué, vu au microscope, et de part en part, il nous reste encore une énigme.

Une énigme peu rassurante, dont l’étrangeté est près de nous scandaliser, tant elle confond nos idées. Que dire d’un être qui respire de côté et par les flancs ? d’un marcheur paradoxal, qui, à l’envers de tous les autres, présente le dos à la terre et le ventre au ciel ? En plusieurs choses, l’insecte nous paraît un être à rebours.

Ajoutez que sa petitesse ajoute au malentendu. Tel organe nous semble bizarre, menaçant, parce que nos très faibles yeux le voient trop confusément pour s’en expliquer la structure et l’utilité. Ce qu’on voit mal inquiète. Provisoirement on le tue. Il est si petit d’ailleurs, qu’avec lui on n’est pas tenu d’être juste.

Les systèmes ne nous manquent pas. Nous admettrions volontiers cet arrêt définitif d’un rêveur allemand qui tranche leur procès d’un mot : « Le bon Dieu a fait le monde mais le Diable a fait l’insecte. »

Celui-ci pourtant ne se tient pas pour battu. Aux systèmes du philosophe et à la peur de l’enfant (qui peut-être sont la même chose), voici à peu près sa réponse

Il dit premièrement que la justice est universelle, que la taille ne fait rien au droit que, si l’on pouvait supposer que le droit n’est point égal, et que l’Amour universel peut incliner la balance, ce serait pour les petits.

Il dit qu’il serait absurde de juger sur la figure, de condamner des organes dont on ne sait pas l’usage, qui la plupart sont des outils de professions spéciales,