Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/61

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Midi, et de là au Roussillon eût tenu dans ma fenêtre. Mais à une telle distance, je ne distinguais cette ligne qu’à certaine heure, certains jours. Quand l’air devenait transparent, le jour qui précédait l’orage, j’en voyais l’image flottante. La voyais-je ? Était-ce un nuage ? Non, c’étaient vraiment leurs cimes. Seulement parfois elles semblaient neigeuses plus qu’elles ne le sont en effet. La belle, grande et riche plaine (je crois, la première du monde), par mille accidents grandioses de campagnes, de rivières, par l’infinie variété, m’avertissait assez de l’éloignement. Mais je n’étais que plus avide de cette vue, plus insatiable, en raison même du douteux, du fuyant, du décevant de la vague apparition. Des heures entières, nous restions dans la contemplation rêveuse, jamais froide, émue toujours. Que de songes du passé, d’imaginations, de chimères, nous suspendions à ce nuage incertain, réel pourtant, qui par moments reparaissait, à cette barrière d’un monde, à l’inconnu d’au delà !


Cet inconnu est pays de roman, d’aventures improbables, d’éléments tranchés sans nuance. Du Maure au Goth, de l’Espagne à l’Espagne, nulle conciliation, un combat éternel, un champ illimité pour la folle espérance. Les Châteaux en Espagne flottent déjà sur les Pyrénées. Ce grand mur qui ne baisse qu’aux deux bouts, a là pour portiers deux têtes chaudes (Basques et Catalans) qui ouvrent dignement l’étrange pays de Don Quichotte.

Les pors, les prétendus passages qui, dit-on, ouvrent le grand mur, sont d’effroyables casse-cou, où