Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/63

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quatre-vingts pieds la fait tourner sur elle dans un bassin où un gouffre l’avale pour ne la rendre au jour que deux mille pieds plus bas. Elle est là, on la sent aux rosiers, aux beaux arbres, aux mille plantes qu’elle favorise. Enfin, heureux coup de théâtre, elle sort en cascade, elle emporte une petite Garonne venue du sud. Que d’aventures l’attendent ! et quelle prodigieuse fortune ! Elle va faire sur la route un monde, créer des champs, créer des villes, jusqu’au point où énorme, immense, oubliant sa montagne, et son rustique nom, elle voit l’infini, la Gironde.

L’habitant primitif des Pyrénées paraît être le Basque, l’Ibère, antique race du monde qui précéda le Celte même. S’il a pourtant quelque analogue, c’est chez les Celtes de Bretagne, d’Écosse ou d’Irlande qu’il faut le chercher. Le Basque, aîné des races d’Occident, immuable au coin des Pyrénées, a vu toutes les nations passer devant lui : Carthaginois, Celtes, Romains, Goths et Sarrasins. Nos jeunes antiquités lui font pitié. Un Montmorency disait à l’un d’eux : « Savez-vous que nous datons de mille ans ? — Et nous, dit le Basque, nous ne datons plus. »