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Mlle KÉRALIO

rouge et lançât la garde nationale contre les pétitionnaires du Champ de Mars.

Le rassemblement, en réalité, était fort inoffensif. Il comptait plus de femmes encore que d’hommes, dit un témoin oculaire. Parmi les signatures, on en voit en très grand nombre de femmes, et de filles. Sans doute, ce jour de dimanche, elles étaient au bras de leurs pères, de leurs frères ou de leurs maris. Croyantes d’une foi docile, elles ont voulu témoigner avec eux, communier avec eux dans ce grand acte dont plusieurs d’entre elles ne comprenaient pas toute la portée. N’importe, elles restaient-courageuses, et fidèles, et plus d’une bientôt a témoigné de son sang.

Le nombre des signatures dut être véritablement immense. Les feuilles qui subsistent en contiennent plusieurs milliers. Mais il est visible que beaucoup ont été perdues. La dernière est cotée cinquante. Ce prodigieux empressement du peuple à signer un acte si hostile au roi, si sévère pour l’Assemblée, dut effrayer celle-ci. On lui porta, sans nul doute, une des copies qui circulaient, et elle vit avec terreur, cette Assemblée souveraine, jusqu’ici juge et arbitre entre le roi et le peuple, qu’elle passait au rang d’accusée. Il fallait dès lors, à tout prix, dissoudre le rassemblement, déchirer la pétition.

Telle fut certainement la pensée, je ne dis pas de l’Assemblée entière, qui se laissait conduire, mais la pensée des meneurs. Ils prétendirent avoir avis que la foule du Champ de Mars voulait marcher sur l’Assemblée, chose inexacte certainement, et positivement démentie par tout ce que les témoins oculaires vivant