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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

vait bien en garde, armé, cuirassé, ferme à toute séduction ; la beauté n’y eût rien gagné. Mais que faire contre une femme qui a peur, et qui le dit, qui vous prend les mains, qui se serre à vous ?… « Ah ! monsieur ! ah mon ami, vous pouvez encore nous sauver. Parlez pour nous, je vous prie ; rassurez-moi, faites pour moi telle démarche, tel discours… Vous ne le feriez pas pour d’autres, je le sais, mais vous le ferez pour moi… Voyez comme bat mon cœur ! »

Ces dames étaient fort habiles. Elles se gardaient bien d’abord de montrer l’arrière-pensée. Au premier jour, vous n’auriez vu dans leurs salons que de bons républicains, modérés, honnêtes. Au second déjà, l’on vous présentait des Feuillants, des Fayettistes. Et pour quelque temps encore, on ne montrait pas davantage. Enfin, sûre de son pouvoir, ayant acquis le faible cœur, ayant habitué les yeux, les oreilles, à ces nuances de sociétés peu républicaines, on démasquait le vrai fonds, les vieux amis royalistes pour qui l’on avait travaillé. Heureux, si le pauvre jeune homme, arrivé très pur à Paris, ne se trouvait pas à son insu mêlé aux gentilshommes espions, aux intrigants de Coblentz.

La Gironde tomba ainsi presque entière aux filets de la société de Paris. On ne demandait pas aux Girondins de se faire royalistes ; on se faisait Girondin. Ce parti devenait peu à peu l’asile du royalisme, le masque protecteur sous lequel la contre-révolution put se maintenir à Paris, en présence de la Révolution même. Les hommes d’argent, de banque, s’étaient divisés les uns Girondins, d’autres Jaco-