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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

enfermé, sans issue, sans espoir, il fut horriblement tenté. Il ne dénonça pas le soir (3 avril), attendit toute la nuit, hésitant encore peut-être. Le matin, il livra son âme, en échange de sa vie, vendit son honneur, dit tout. C’est avec cette arme indigne qu’on égorgea Danton, Camille Desmoulins ; quelques jours après, Lucile, et plusieurs prisonniers du Luxembourg, tous étrangers à l’affaire, et qui ne se connaissaient même pas.

Le seul des accusés qui montra un grand courage fut Lucile Desmoulins. Elle parut intrépide, digne de son glorieux nom. Elle déclara qu’elle avait dit à Dillon, aux prisonniers, que, si on faisait un 2 Septembre, « c’était pour eux un devoir de défendre leur vie ».

Il n’y eut pas un homme, de quelque opinion qu’il fût, qui n’eût le cœur arraché de cette mort. Ce n’était pas une femme politique, une Corday, une Roland ; c’était simplement une femme, une jeune fille à la voir, une enfant pour l’apparence. Hélas ! qu’avait-elle fait ? voulu sauver un amant ?… Son mari, le bon Camille, l’avocat du genre humain. Elle mourait pour sa vertu, l’intrépide et charmante femme, pour l’accomplissement du plus saint devoir.

Sa mère, la belle, la bonne Mme Duplessis, épouvantée de cette chose qu’elle n’eût jamais pu soupçonner, écrivit à Robespierre, qui ne put ou n’osa y répondre. Il avait aimé Lucile, dit-on, voulu l’épouser. On eût cru, s’il eût répondu, qu’il l’aimait encore. Il aurait donné une prise qui l’eût fortement compromis.

Tout le monde exécra cette prudence. Le sens