Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/247

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
245
LES DAMES SAINT-AMARANTHE

missions princières, aimait aussi à retrouver là quelques restes de l’ancienne société.

La maison où il jouait était tenue par deux dames royalistes, fort jolies, la fille de dix-sept ans, la mère n’en avait pas quarante. Celle-ci, Mme de Saint-Amaranthe, veuve, à ce qu’elle disait, d’un garde du corps qui se fit tuer au 6 octobre, avait marié sa fille dans une famille d’un nom fameux de police, au jeune Sartines, fils du ministre de la Pompadour, que Latude a immortalisé.

Mme de Saint-Amaranthe, sans trop de mystère, laissait, sous les yeux des joueurs, les portraits du roi et de la reine. Cette enseigne de royalisme ne nuisait pas à la maison. Les riches restaient royalistes. Mais ces dames avaient soin d’avoir de hauts protecteurs patriotes. La petite Saint-Amaranthe était fort aimée du jacobin Desfieux, agent du Comité de sûreté (quand ce comité était sous Chabot), ami intime de Proly et logeant dans la même chambre, ami de Junius Frey, ce fameux banquier patriote qui donna sa sœur à Chabot. Tout cela avait apparu au procès de Desfieux, noyé avec Proly dans le procès des Hébertistes.

Desfieux ayant été exécuté avec Hébert, le 24 mars, Saint-Just transmit une note contre la maison qu’il fréquentait au Comité de sûreté, qui, le 31, fit arrêter les Saint-Amaranthe et Sartines. (Archives du Comité de sûreté, registre 642,10 germinal.

Mais Robespierre jeune, aussi bien que Desfieux, était ami de cette maison ; c’est ce qui, sans doute, valut à ces dames de rester en prison assez longtemps sans jugement. Le Comité de sûreté, auquel il