Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/270

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
268
LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

de nobles passions. Et regardez ensuite, si vous le pouvez, le néant et l’ennui, la langueur où coulent vos jours. Quelle a été votre part, votre rôle, dans ce misérable demi-siècle de la réaction ?

Voulez-vous que je vous dise franchement d’où vient la différence ?

Elles aimèrent les forts et les vivants. Vous, vous aimez les morts.

J’appelle les vivants ceux dont les actes et dont les couvres renouvellent le monde, ceux qui du moins en font le mouvement, le vivifient de leur activité, qui voguent avec lui, respirant du grand souffle dont se gonfle la voile du siècle, et dont le mot est : En avant !

Et les morts ? J’appelle ainsi, madame, l’homme inutile qui vous amuse à vingt ans de sa frivolité, l’homme dangereux qui vous mène à quarante dans les voies de l’intrigue pieuse, qui vous nourrit de petitesses, d’agitations sans but, d’ennui stérile.

Quoi ! pendant que le monde vivant qu’on vous laisse ignorer, pendant que le foudroyant génie moderne, dans sa fécondité terrible, multiplie ses miracles par heure et par minute, vapeur et daguerréotype, chemin de fer, télégraphe électrique (où sera tout à l’heure la conscience du globe), tous les arts mécaniques et chimiques, leurs bienfaits, leurs dons infinis, versés à votre insu sur vous (et jusqu’à la robe que vous portez, effort de vingt sciences), pendant ce prodigieux mouvement de la vie, vous enfermer dans le sépulcre !

Vous user à sauver la ruine qu’on ne sauvera pas !

Si vous aimez le Moyen-âge, écoutez ce mot