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INTRODUCTION

obélisque égyptien, vieillerie curieuse, propre à exercer les savants, mais ridicule et déplacée dans un lieu où la Patrie seule a droit de figurer.

Point de luxe dans le vrai monument du peuple, point d’or ni de marbre, encore moins d’art voluptueux, de grâces féminines (comme celles des molles Renommées qui ornent et déparent l’Arc de Triomphe), — une œuvre de force et de grandeur.

Pour base, j’aime assez le granit, mais point du tout ce dépoli, luisant, lustré, qui est sous l’obélisque. Combien il fut plus beau, ce roc, aux écueils de Bretagne, rude et sauvage, défiant les tempêtes ! Combien plus beaux j’ai vu encore aux Alpes, aux Pyrénées, les piédestaux sublimes que bâtit la nature, de roches entassées Je ne voudrais pas autre chose ; l’entassement, si l’on veut, des débris foudroyés, des tours brisées de la Bastille.

Au plus haut, que l’on fasse asseoir une image d’amour et de maternité, une femme ravissante, serrant ses fils à ses mamelles, la France, et Dieu dans son regard !

À ses pieds, et plus bas, l’on asseoirait encore les rois de la pensée moderne, Voltaire et Rousseau, les pères de la France révolutionnaire.

Debout, comme sur deux promontoires avancés de la montagne, dominant la foule du geste et lui promulguant à jamais la loi de la Révolution, ses deux grands serviteurs, en qui elle eut la voix de la foudre, Mirabeau et Danton.

Puis, tout rapprochés du peuple, les hommes que le peuple aima, de sorte qu’il puisse les toucher presque, leur parler et se plaindre à eux, leur porter