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LES FEMMES DU 6 OCTOBRE (89)

près de l’avenue de Sceaux ; plus bas encore, les dragons ; derrière la grille, les Suisses.

Cependant Maillard arrivait à l’Assemblée nationale. Toutes les femmes voulaient entrer. Il eut la plus grande peine à leur persuader de ne faire entrer que quinze des leurs. Elles se placèrent à la barre, ayant à leur tête le garde française dont on a parlé, une femme qui au bout d’une perche portait un tambour de basque, et, au milieu, le gigantesque huissier, en habit noir déchiré, l’épée à la main. Le soldat, avec pétulance, prit la parole, dit à l’Assemblée que le matin, personne ne trouvant de pain chez les boulangers, il avait voulu sonner le tocsin, qu’on avait failli le pendre, qu’il avait dû son salut aux dames qui l’accompagnaient. « Nous venons, dit-il, demander du pain et la punition des gardes du corps qui ont insulté la cocarde… Nous sommes de bons patriotes ; nous avons sur notre route arraché les cocardes noires… Je vais avoir le plaisir d’en déchirer une sous les yeux de l’Assemblée. »

À quoi l’autre ajouta gravement : « Il faudra bien que tout le monde prenne la cocarde patriotique. » Quelques murmures s’élevèrent.

« Et pourtant nous sommes tous frères ! » dit la sinistre figure.

Maillard faisait allusion à ce que la municipalité de Paris avait déclaré la veille : Que la cocarde tricolore ayant été adoptée comme signe de fraternité, elle était la seule que dût porter le citoyen.

Les femmes impatientes criaient toutes ensemble : « Du pain ! du pain ! » — Maillard commença