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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION


VI


Quelle que fût la pauvreté de La Tour d’Auvergne, son amour pour la science et sa passion toujours jeune pour nos antiquités nationales semblaient devoir le rendre heureux. Ce fut avec étonnement qu’on le vit, à cinquante-quatre ans, quitter sa studieuse retraite, et, sans demander aucun grade, s’engager comme soldat.

Il prit rang, comme grenadier, dans la 46° demi-brigade.

Le secret de son départ, c’est que le dernier fils de son ami, de son maître dans les études celtiques, Lebrigant, allait être enlevé par la conscription. La Tour d’Auvergne partit à sa place.

Lebrigant avait eu vingt-deux enfants, et celui-là seul lui restait. Le vénérable savant, parvenu à soixante-dix-sept ans, cruellement éprouvé dans la Révolution, où il avait montré un caractère magnanime, restait isolé sur la terre. Il se voyait sans appui, sans secours, si on lui enlevait ce dernier-né de