Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


explicite ; on voit qu’il comprend très bien cette société religieuse, qu’il en connait tous les intérêts, que ses prédilections sont pour elle. Mais lorsqu’il s’agit de raconter des batailles, il se borne a en annoncer les résultats ; il ne juge pas les actions des princes ; il les loue rarement et ne les blâme jamais. Cependant on sent qu’il désirerait la prépondérance des grands ducs dans lesquels il voit la personnification de la Russie, parce qu’il prévoit les malheurs qui doivent menacer son pays du côté des Barbares.

Voici un exemple du style de Nestor : « Hilarion, prêtre de Berestow, homme jeune et lettré, ayant abandonné son église, alla aux bords du Dniéper, sur la montagne où est aujourd’hui le monastère Peczerski, et où alors il n’y avait qu’une grande forêt ; il s’y creusa une petite caverne profonde de deux toises, où il allait souvent prier en silence. Quand en 1050 le grand-duc Jaroslaw ordonna à son clergé de l’élever à la dignité de métropolitain (car jusque-là c’étaient les patriarches de Constantinople qui nommaient les archevêques), la caverne resta déserte. » Telle est l’origine de Kiiew.

Plus loin, le chroniqueur raconte la grandeur de Kiiew due aux monastères fondés auprès de cette caverne qui existe encore aujourd’hui, et où reposent les corps de plusieurs martyrs.

Kiiew tire ainsi son origine des moines, et les souvenirs religieux attachés à cette ville en ont fait la capitale de la Russie. Le peuple s’est accoutumé à y voir le centre de sa religion ; lorsque le duché fut fondé, tous ses vœux étaient pour la conservation et la gloire