Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/25

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immensément à souffrir, faisait disparaître, anéantissait les empires sur lesquels elle fondait. Au-delà du territoire slave commence l’Asie. Le cours de la Dvina et du Don trace la limite qui sépare le territoire slave du continent ouralien. Celui-ci est habité par une race immense qu’il importe de connaître ; car elle a plus d’une fois bouleversé le monde. Cette race nombreuse, qu’il ne faut pas confondre avec la race slave, comprend les Finois, les Mongolo-Tartares et les Chinois. Nous laisserons de côté les Finois et les Chinois, dont l’histoire a peu d’importance ici, pour ne nous occuper que des Mongolo-Tartares. Les steppes de l’Asie, qui jusqu’à présent portent encore le nom de Tartarie, surpassent en étendue l’Europe entière ; la population n’en est que de quatre à six millions d’habitants, tous soldats. C’est de cette région que, selon la supposition des savants, est venu le mythe du centaure, figure d’homme à peine dégagée de la nature animale. Le Tartare est encore cet homme brut, ce centaure ; il est mal formé ; ses jambes sont débiles et n’ont de force que pour étreindre le cheval sur lequel il passe sa vie, et dont il fait pour ainsi dire partie. Sa tête, disgracieusement ronde, ne semble faite que pour maintenir l’équilibre de son corps, machine destinée à courir à cheval. Son regard respire le matérialisme, et le feu qui l’anime est semblable à celui d’un charbon déjà noir prêt à s’éteindre. Le Tartare est très intelligent, mais dépourvu de tout sentiment, de toute idée religieuse ; on ne trouve chez lui aucun vestige de mythologie, aucune trace d’une religion