Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/40

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ment la brise lui ravit parfois des lambeaux de chants et les disperse en légers nuages à travers les limanes, les îles du Borysthène, les hauts gazons du désert où se promènent les esprits de nos aïeux. »

Selon les paroles d’un antique poête : « Sur cette terre labourée par les pieds des chevaux, engraissée de cadavres humains, parsemée d’ossements blanchis, arrosée d’une chaude pluie de sang, croissent les moissons de la tristesse. »

La mélancolie est le caractère distinctif de la poésie de ces contrées.

Je terminerai cette leçon en vous citant l’œuvre d’un poëte polonais moderne, Malczewski, laquelle offre une image des combats que se sont livrés les Slaves et les Ouraliens. Le poëte décrit une des dernières batailles contre les Tartares. Le héros est un noble Polonais qui habite une hutte isolée au milieu des steppes. En apprenant l’invasion des Tartares, il se réconcilie avec son voisin, magnat polonais. L’idée de la patrie apparait tout entière dans cette abjuration de sa haine. Le vieux guerrier se met en marche à travers ces solitudes qui finissent avec l’horizon pour recommencer avec l’horizon. Il rencontre les pas de l’ennemi qui, avec l’instinct de certains animaux fuyant devant le chasseur, a laissé sur le gazon des traces sinueuses et trompeuses.

Mais le vieux guerrier avance sans se laisser égarer par ces signes mensongers ; il embusque ses troupes dans l’herbe touffue ; il se perd lui-même au