Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/99

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de leurs fourmilières, que le serpent glisse paisiblement le long de ses bras, et que les oiseaux font leurs nids sur ses épaules. Il existe dans les contes slaves un tableau pareil, beaucoup mieux développé, avec cette différence toutefois que le solitaire n’est plus un brahmane, mais un brigand qui, soudainement pris de remords, a planté sa massue en terre et s’est agenouillé auprès : la massue qu’il arrose de ses larmes devient un arbre a mille branches ; et avant que le pénitent ait obtenu du Ciel la rémission de ses fautes, les araignées ont scellé ses lèvres de leurs toiles transparentes, les abeilles ont déposé leur miel dans ses oreilles. Cette immobilité est un symbole frappant de la patience et de la ferveur du coupable. Une autre tradition, aussi répandue que celle-ci, raconte la fuite d’une femme enceinte poursuivie par un monstre horrible qui veut l’empêcher de mettre au monde un fruit mystérieux. Cette tradition se retrouve dans plusieurs mythologies. Les Grecs en ont fait l’histoire de leur Latone persécutée par une divinité et cherchant un refuge dans l’île de Délos. Ovide l’a conservée dans ses poésies, et l’Apocalypse en a expliqué le sens symbolique et profond. Ce mythe existe aussi dans les fables slaves ; mais on y a ajouté des détails propres au pays. La femme poursuivie est une jeune fille de village ; du moins elle en porte les vêtements. Se voyant au moment d’être atteinte, elle jette derrière elle, d’abord. un ruban, puis un mouchoir, puis les tresses de sa chevelure ; le ruban se change en fleuve, le mouchoir en lac, les cheveux en forêts ; elle parvient ainsi à échapper au monstre acharné.