Page:Milton - Le Paradis perdu, trad. de Chateaubriand, Renault et Cie, 1861.djvu/26

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reux, chante, Muse céleste ! Sur le sommet secret d’Oreb et de Sinaï tu inspiras le berger qui le premier apprit à la race choisie comment, dans le commencement, le Ciel et la Terre sortirent du chaos. Ou si la colline de Sion, le ruisseau de Siloë, qui coulait rapidement près de l’oracle de Dieu, te plaisent davantage, là j’invoque ton aide pour mon chant aventureux : ce n’est pas d’un vol tempéré qu’il veut prendre l’essor au-dessus des monts d’Aonie, tandis qu’il poursuit des choses qui n’ont encore été tentées ni en prose ni en vers.

Et toi, ô Esprit ! qui préfère à tous les temples un cœur droit et pur, instruis-moi, car tu sais ! Toi, au premier instant tu étais présent : avec tes puissantes ailes éployées, comme une colombe tu couvas l’immense abîme et tu le rendis fécond. Illumine en moi ce qui est obscur, élève et soutiens ce qui est abaissé, afin que de la hauteur de ce grand argument je puisse affirmer l’éternelle Providence, et justifier les voies de Dieu aux hommes.

Dis d’abord, car ni le ciel ni la profonde étendue de l’enfer ne dérobent rien à ta vue ; dis quelle cause, dans leur état heureux si favorisé du ciel, poussa nos premiers parents à se séparer de leur Créateur, à transgresser sa volonté pour une seule restriction, souverains qu’ils étaient du reste du monde. Qui les entraîna à cette honteuse révolte ? L’infernal serpent. Ce fut lui dont la malice animée d’envie et de vengeance trompa la mère du genre humain : son orgueil l’avait précipité du ciel avec son armée d’anges rebelles, par le secours desquels, aspirant à monter en gloire au-dessus de ses pairs il se flatta d’égaler le Très-Haut, si le Très-Haut s’opposait à lui. Plein de cet ambitieux projet contre le trône et la monarchie de Dieu, il alluma au ciel une guerre impie et un combat téméraire, dans une attente vaine.

Le souverain pouvoir le jeta flamboyant, la tête en bas, de la voûte éthérée ; ruine hideuse et brûlante : il tomba dans le gouffre sans fond de la perdition, pour y rester chargé de chaînes de diamant, dans le feu qui punit : il avait osé défier aux armes le Tout-Puissant ! Neuf fois l’espace qui mesure le jour et la nuit aux hommes mortels, lui, avec son horrible bande, fut étendu