Page:Mirbeau - La Pipe de cidre.djvu/5

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tout à fait drôle… Des perdreaux, des lièvres, y en a toujours… Mais le gibier que je vas vous montrer, personne dans le pays, ni ailleurs, ni nulle part, ne peut se vanter d’avoir son pareil !… Ah ! dame ! non.

Le cellier nous parut semblable à tous les celliers. C’était une vaste pièce, sombre, très fraîche, au fond de laquelle une vingtaine de grosses pipes de cidre étaient rangées symétriquement sur de solides chantiers. Dans un coin, gisait l’armature démontée d’un pressoir ; ailleurs, c’étaient des rangées de cercles neufs, et un tas de vieilles douves pourries, et encore des poulains, instruments de bois qui servent à décharger les lourdes futailles pleines. Une odeur aigre de marc ranci s’exhalait de tout cela.

— Nous y voilà, fit maît’ Lormeau. Attention !

Mais, soudain, il sembla se raviser, et, durant quelques secondes, se gratta la tête, songeur et perplexe.

— J’ai peut-être tort de vous faire voir ça ! murmura-t-il, parce que c’est point une chose naturelle… Enfin, vous êtes des amis, pas vrai ? des bons garçons ? Vous n’irez point jaser là-dessus, à droite et à gauche ?… Quand vous serez sortis d’ici, ni vu, ni connu ?… C’est-y comme ça ?