Page:Mirbeau - La Vache tachetée.djvu/182

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Le dernier voyage


Après avoir choisi un coin dans un compartiment encore solitaire, et quand j’y eus déposé, en signe de possession hargneuse, ma valise et mon plaid de voyage, je redescendis sur le quai et je flânai, tout le long du train, en attendant l’heure du départ.

J’ai la tristesse invincible, l’incurable angoisse des départs. Même lorsque je vais vers des pays connus et que j’aime, conduit par la promesse d’un repos ou par la joie d’une rencontre souhaitée, j’éprouve toujours au cœur comme un froid. Rien ne me donne l’idée de la mort, comme de partir… Les malles ouvertes comme des cercueils, la hâte que je vois dans les yeux des gens qui m’aident, le mystère que prend la sonnerie de la pendule, la majesté extraordinaire que revêtent les choses que je quitte, et tout ce par quoi je suis jeté si vio-