Page:Mirbeau - La Vache tachetée.djvu/188

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Je parvins à m’approcher du compartiment sur lequel trente curieux en tas tendaient leurs têtes qu’animait le désir de voir la Mort.

— Allons ! faites de la place ! faites de la place !

Et je vis le cadavre que deux hommes d’équipe soutenaient, l’un sous les aisselles, l’autre, par les jambes, passer près de moi… Je reconnus le châle de cachemire fané de la vieille dame, et son visage de cire pâle. Elle était déjà raide et toute froide.

— Est-ce une mort subite ? ou bien est-ce un crime ? se demandaient, près de moi deux voyageurs.

— C’est un crime ! proférai-je… Un meurtre… Un vrai meurtre… Je le sais…

Et, tandis qu’un frisson faisait claquer mes dents, j’ajoutai d’un ton qui sembla étonner grandement les spectateurs de cette scène :

— Qu’est-ce que tu veux qu’il t’arrive ?… Pour un petit rhume !… Voilà-t-il pas ?…