Page:Mirbeau - Le Journal d’une femme de chambre.djvu/255

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3 novembre.


Rien ne me fait plaisir comme de retrouver dans les journaux le nom d’une personne chez qui j’ai servi. Ce plaisir, je l’ai éprouvé, ce matin, plus vif que jamais, en apprenant par le Petit Journal que Victor Charrigaud venait de publier un nouveau livre qui a beaucoup de succès et dont tout le monde parle avec admiration… Ce livre s’intitule : De cinq à sept, et il fait scandale, dans le bon sens. C’est, dit l’article, une suite d’études mondaines, brillantes et cinglantes qui, sous leur légèreté, cachent une philosophie profonde… Oui, compte là-dessus !… En même temps que de son talent, on loue fort Victor Charrigaud de son élégance, de ses relations distinguées, de son salon… Ah ! parlons-en de son salon… Durant huit mois, j’ai été femme de chambre chez les Charrigaud, et je crois bien que je n’ai jamais rencontré de pareils mufles… Dieu sait pourtant !