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NOTES SUR GEORGES RODENBACH


I


Edmond de Goncourt qui aimait peu les poètes, ou plutôt qui n’aimait que peu de poètes, me disait, un jour, comme nous parlions de Georges Rodenbach :

— Oh celui-là ! c’est mon poète !

Il l’admirait beaucoup. C’est que tous les deux, le vieux prosateur et le jeune poète, ils avaient, sur bien des points de l’art et de la vie, une compréhension semblable, et des goûts pareillement raffinés. Tous les deux, ils avaient un amour violent de la vie, une sensibilité, devant la vie, qui allait parfois jusqu’à l’exaspération nerveuse, jusqu’à l’angoisse d’exprimer le fluide, le vaporisé, l’insaisissable, l’inexprimable, comme tous les reflets et tous les frissons, et toutes les ondes fugitives qui passent sur les miroirs et sur les eaux, sur les vitres et sur les yeux.