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LE CHEF-D’ŒUVRE


M. Edmond Pilon, dans la Plume, avec une bienveillance ironique dont je le remercie, me reproche fort d’avoir, ici même, maltraité M. Vielé-Griffin, « un grand, pur et noble poète ». Parmi les ouvrages de ce pur, noble et grand poète, M. Edmond Pilon cite avec une admiration émue la Chevauchée d’Yeldis, un chef-d’œuvre, le chef-d’œuvre !… Ah ! je connais depuis longtemps cette opinion. Elle a cours dans un milieu de très jeunes poètes. Et voici exactement ce qui arrive. Quand ils ont dix-sept ans, les poètes disent : « Le grand poète Vielé-Griffin ! » À dix-neuf ans, ils disent encore : « Le poète Vielé-Griffin ». À vingt ans, ils ne disent plus que « Vielé-Griffin ». À vingt-et-un ans, ils ne disent plus rien du tout et ils passent à un autre. M. Edmond Pilon a conservé la juvénilité de son enthousiasme. Je