Page:Mirbeau - Les Écrivains (deuxième série).djvu/216

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LE SECRET DE LA MORALE


Ah ! Je plains sincèrement les braves gens qui vont toujours cherchant, en dehors des réalités de la vie… qui vont toujours cherchant de la joie ou de la douleur, du comique ou du tragique, du rire ou de l’effroi, et de l’invraisemblable, du fantastique, de l’impossible, comme si la pauvre imagination, si peu humaine, du littérateur ou de l’artiste, pouvait, en n’importe quoi, créer, inventer, rêver quelque chose de mieux que ce qui se passe et ce qu’on voit, tous les jours, autour de soi, sur les visages et dans les âmes… Faux sublime, fausse farce, fausse douleur, fausse joie, faux rire du romantisme mort et du symbolisme mort-né, que vous êtes piteux, pauvres masques, et que vous êtes loin de la vie, en qui sont toutes les sources abondantes, bouillonnantes et jamais taries, et toujours renouvelées !