Page:Mirbeau - Les Écrivains (deuxième série).djvu/55

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sur cette idée. Sans même se demander à quelle sorte d’exhibition on les destinait, si l’on exigeait d’eux qu’ils se montrent nus, en robe de chambre, smoking ou costume historique, immédiatement, tous, sauf trois, ont, avec un frénétique enthousiasme, applaudi.

— Oui !… oui !… Une vitrine !… Et des étiquetages soignés, et des numéros, des gros numéros, sur la poitrine, sur le front, partout !

Et la vitrine est, le lendemain, devenue un pavillon ; et, le surlendemain, le pavillon jugé trop exigu et pas assez fastueux, s’est vite transformé en galerie, en vaste galerie, en galerie des Machines, dont il est question de confier la décoration à M. Frantz-Jourdain, l’habile et vaillant architecte de la Légion d’honneur.

Très intrigué, non moins que désireux de recueillir de plus nettes et plus amples informations, je me suis rendu chez M. René Barjeau. Selon son habitude que nous révéla l’Éclair, le novateur travaillait, au fond d’un vieux couvent, sous des clématites. L’œil bridé, le front têtu, il faisait manœuvrer des gendelettres de plomb, sur des épures. Je compris que j’avais affaire à un admirable stratège, et mon respect s’accrut, aussitôt, de ma constatation. Dès qu’il m’aperçut :

— Ah ! ah ! fit-il, en se levant… Et comment trouvez-vous ce Sardou, qui se permet de molester mon idée ?… C’est un peu fort, vraiment !… Passe encore pour Sarcey, qui est fort