Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/6

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qu’il ne trouve nulle part et ce qui manque à tout, à l’art, au théâtre, à l’étude sociale ? Quand donc y cherchera-t-il une diversion au répugnant spectacle des marchandages parlementaires, des abdications politiques, des haines qui autrefois s’entretuaient et qui maintenant assises côte à côte, boivent dans le même verre et fraternisent gaiement ; une protestation hardie et, au besoin, violente contre l’influence énervante de Paris — de Paris cosmopolite, de Paris « ville des multitudes déracinées », de Paris qui broie les âmes, assomme les probités, émascule les énergies, réduit toute vie et toute pensée à des choses petites et basses ? Quand donc appellera-t-il une réaction contre la camaraderie — cette voleuse de succès — qui coupe les ailes aux talents qui tentent de s’élever, pour les rattacher aux dos des médiocres rampant tristement dans la poussière commune ? Anémié par la sophistication des aliments qu’on offre à son esprit, écœuré par l’odeur que soufflent les soupiraux de toutes les cuisines littéraires, secoué de haut-le-cœur à la vue des purulences qui s’étalent, ne va-t-il point, le public, dilater ses poumons et demander au vent qui passe un parfum d’honnêteté ? N’espère-t-il point qu’au-dessus des idoles vautrées dans la fange avec leurs adorateurs, des mains audacieuses relèveront ses respects croulants, ses gloires découronnées, et dresseront, devant tous les regards qui sondent l’horizon, le quoi que ce soit de grand : drapeau, colosse ou Dieu ? Je ne sais.