Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/30

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remuant des cartes graisseuses et chiffonnant de sales filles, des Chloés dépeignées et soûles, dont les villages pullulent aujourd’hui, car il faut que la campagne ne puisse plus rien envier aux ordures de Paris.

Le laboureur — un ancien qui me donnait ces renseignements — continua :

— Ah ! ce sont des messieurs, je vous assure, à qui il faut maintenant toutes les aises de la ville. Croiriez-vous qu’ils exigent de la viande à tous leurs repas ! oui, monsieur, à tous leurs repas ! On ne peut plus trouver un ouvrier, à l’heure présente, si on ne s’engage à le gaver de bœuf, de mouton, de volailles, d’un tas de bonnes choses, enfin, dont nous autres nous n’avons jamais eu l’idée. Si ça ne fait pas suer ! Je parie que bientôt ils exigeront du vin de Champagne ! Mon Dieu ! s’ils travaillaient encore, il n’y aurait que demi-mal. Mais va te faire fiche ! Ils arrivent à l’ouvrage à sept heures, monsieur, toujours mal en train, se plaignant de ceci, de cela, de tout. Pourtant