Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/34

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Cette scène m’avait rendu mélancolique et le vieux branlait la tête. Je lui demandai :

— Qui sont ces pauvres gens ?

— Des gens d’ici, répondit-il…

Le vieux paraissant, ce soir-là, d’humeur à causer, je le poussai de questions.

— Je les connais, je les connais bien… La femme, une rude travailleuse… l’homme un feignant, un vaurien… Pourtant, dans le fond, ce n’était pas méchant, méchant !… La femme avait un petit bien… Avec ses économies, elle avait bâti une petite maison, là, pas bien loin… Si vous saviez ce que c’est que les économies des gens comme nous, avec quoi c’est fait, ce qu’il faut de temps, de privations, de fatigues, de courage, pour amasser, sou par sou, la valeur d’une misérable maison ! Si vous saviez cela !… Et puis elle s’est mariée à ce feignant !… Un beau gars !… ça lui avait tourné la tête… Mais voilà que pendant qu’elle trimait, qu’elle se mangeait les sangs de travail, lui fai-