Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/378

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lui gagner une robe, un ajustement, un simple bracelet, comme en ont les femmes des autres ! Et puis son visage à la fois répugnant et comique soulevait autour de nous tant de moqueries cruelles, tant de plaisanteries blessantes, il y avait dans les yeux des gens qui la dévisageaient tant d’insultes, je voyais si bien la traînée de rires sonores qui allaient s’éparpillant et se perdant derrière elle, que j’éprouvais une immense et douloureuse pitié pour cette pauvre femme. Je l’aimais, oh ! oui, je l’aimais de tout ce qui la torturait, de tout ce qui la déshéritait, de tout ce qui l’enlaidissait. Que de fois, à mon bureau, en pensant à elle, en évoquant devant mes yeux son triste et irréparable visage, que de fois ai-je pleuré, l’âme en quelque sorte perdue dans un abîme de pitié sans fond !

C’est alors que je tentai de lui rendre la vie plus douce. Je m’ingéniai à me procurer des ressources supplémentaires auxquelles je n’avais point encore songé, à occuper