Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/386

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cune boutique n’était ouverte, à l’exception des cafés dont les devantures luisaient, çà et là. J’avais soif, et résolument j’entrai dans une brasserie où, à travers la fumée des cigarettes et des pipes, je vis des gens accoudés à des tables, qui buvaient.

— À boire ! demandai-je.

Je posai le crâne sur la table, près de moi. Le sang avait détrempé le papier qui moulait la tête par places, et je retrouvais, sous la pâte sanglante, les lignes connues des pommettes et du menton. Même, le nez avait crevé l’enveloppe, et il apparaissait hors de la déchirure, tuméfié et burlesque… Ah ! si burlesque !

— À boire ! demandai-je de nouveau.

Le patron m’examina d’un œil louche. Son regard allait du crâne à mes mains rougies, du crâne à mes cheveux hérissés, du crâne à mes vêtements souillés. Il m’interrogea.

— Qu’est-ce que vous avez là ?

— Ça, dis-je, en tapant à plusieurs repri-