Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/40

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— Allons jusqu’à la Heurtaudière, cette ferme que vous voyez là-bas, me dit mon compagnon ; le père Nicolas nous donnera du bon lait.

Nous traversâmes un large guéret dont les mottes crevaient sous nos pas en poussière rouge ; puis, ayant longé un champ d’avoine, étoilé de bluets et de coquelicots, nous arrivâmes en un verger où des vaches, à la robe bringelée, dormaient couchées à l’ombre des pommiers. Au bout du verger était la ferme. Il n’y avait dans la cour, formée par quatre pauvres bâtiments, aucun être vivant, sinon les poules picorant le fumier qui, tout près de la bergerie, baignait dans un lit immonde de purin. Après avoir inutilement essayé d’ouvrir les portes fermées et barricadées, mon compagnon dit :

— Sans doute que le monde est aux champs !

Pourtant il héla :

— Père Nicolas ! Hé ! père Nicolas ?

Aucune voix ne répondit.