Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/42

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sabots grossièrement taillés à même le tronc d’un bouleau, servaient de chaussures à ses pieds nus, violets et gercés comme un vieux morceau de cuir.

La paysanne ferma la porte du grenier, assujettit l’échelle par où l’on descendait ; mais, avant de mettre le pied sur le premier barreau, elle demanda à mon compagnon :

— C’est-y vous qu’avions hélé après le père Nicolas, moun homme ?

— Oui, la mère, c’est moi.

— Qué qu’vous l’y v’lez, au père Nicolas ?

— Il fait chaud, nous avions soif, et nous voulions lui demander une jatte de lait.

— Espérez-mé, monsieur Joseph ; j’ vas à quant vous.

Elle descendit, le long de l’échelle, lentement, en faisant claquer ses sabots.

— Le père Nicolas n’est donc point là ? interrogea mon compagnon.

— Faites excuses, répondit la vieille, il est là. Ah ! pargué si ! y est, le pauv’ bounhomme