Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/79

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les manches de sa chemise retroussées, le visage animé d’une fièvre héroïque, arma son fusil.

— Ne te presse pas ! dit une voix.

— Ne le rate pas ! dit une autre voix.

— Vise-le à la tête !

— Non, au défaut de l’épaule !

— Attention ! fit le garde champêtre qui, sans doute gêné par son képi, l’envoya, d’un geste brusque, rouler derrière lui, dans la poussière. Attention !

Et il ajusta le chien, le pauvre chien, le lamentable chien qui avait délaissé son os, regardait la foule de son œil doux et craintif et ne paraissait pas se douter de ce que tout le monde voulait de lui. Maintenant un grand silence succédait au tumulte ; les femmes se bouchaient les oreilles, pour ne pas entendre la détonation ; les hommes clignaient des yeux ; on se serrait l’un contre l’autre. Une angoisse étreignait cette foule, dans l’attente de quelque chose d’extraordinaire et d’horrible.