Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 3.djvu/26

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L’AVARE.

Harpagon

Et moi, je pourrois bien parler à ta barrette[1].


La Flèche

M’empêcherez-vous de maudire les avaricieux ?


Harpagon

Non ; mais je t’empêcherai de jaser et d’être insolent. Tais-toi.


La Flèche

Je ne nomme personne.


Harpagon

Je te rosserai si tu parles.


La Flèche

Qui se sent morveux, qu’il se mouche.


Harpagon

Te tairas-tu ?


La Flèche

Oui, malgré moi.


Harpagon

Ah ! ah !


La Flèche, montrant à Harpagon une poche de son justaucorps.

Tenez, voilà encore une poche : êtes-vous satisfait ?


Harpagon

Allons, rends-le-moi sans te fouiller[2].


La Flèche

Quoi ?


Harpagon

Ce que tu m’as pris.


La Flèche

Je ne vous ai rien pris du tout.


Harpagon

Assurément ?


La Flèche

Assurément.


Harpagon

Adieu. Va-t-en à tous les diables !


La Flèche, à part

Me voilà fort bien congédié[3].

  1. Dans le moyen âge, on appelait barrette le devant du chaperon à cause des pansements dont il était orné, et qui y formaient des barres ; parler à la barrette, en langage vulgaire, signifie laver la tête à quelqu’un, et même le frapper.
  2. Dans Plaute : Je ne veux pas te fouiller davantage, rends-le-moi.
  3. Dans Plaute, Strobile est congédié de la même manière : « Va-t-en où tu