Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 3.djvu/469

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Vous vous moquez ; la tranquillité en amour est un calme désagréable ; un bonheur tout uni nous devient ennuyeux ; il faut du haut et du bas dans la vie ; et les difficultés qui se mêlent aux choses réveillent les ardeurs, augmentent les plaisirs.


Zerbinette


Mon Dieu, Scapin, fais-nous un peu ce récit, qu’on m’a dit qui est si plaisant, du stratagème dont tu t’es avisé pour tirer de l’argent de ton vieillard avare. Tu sais qu’on ne perd point sa peine lorsqu’on me fait un conte, et que je le paye assez bien par la joie qu’on m’y voit prendre.


Scapin


Voilà Silvestre qui s’en acquittera aussi bien que moi. J’ai dans la tête certaine petite vengeance, dont je vais goûter le plaisir.


Silvestre


Pourquoi, de gaieté de cœur, veux-tu chercher à t’attirer de méchantes affaires ?


Scapin


Je me plais à tenter des entreprises hasardeuses.


Silvestre


Je te l’ai déjà dit, tu quitterais le dessein que tu as, si tu m’en voulais croire.


Scapin


Oui, mais c’est moi que j’en croirai.


Silvestre


À quoi diable te vas-tu amuser ?


Scapin


De quoi diable te mets-tu en peine ?


Silvestre


C’est que je vois que sans nécessité, tu vas courir risque de t’attirer une venue de coups de bâton.


Scapin


Hé bien ! c’est aux dépens de mon dos, et non pas du tien.


Silvestre


Il est vrai que tu es maître de tes épaules, et tu en disposeras comme il te plaira.


Scapin