Page:Montaigne - Essais, Éd de Bordeaux, 3.djvu/91

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necessité, de nostre part il peut avenir autrement. Platon, à cette cause, establit sagement par ses loix, que, pour decider de l’opportunité des mariages, les juges voient les garçons qui y pretandent, tous fins nuds, et les filles nues jusques à la ceinture seulement. En nous essayant, elles ne nous trouvent, à l’adventure, pas dignes de leur chois,

experta latus, madidoque simillima loro
Inguina, nec lassa stare coacta manu,
Deserit imbelles thalamos.

Ce n’est pas tout que la volonté charrie droict. La foiblesse et l’incapacité rompent legitimement un mariage :

Et quaerendum aliunde foret nervosius illud,
Quod posset zonam solvere virgineam, pourquoy non ?

et, selon sa mesure, une intelligence amoureuse plus licentieuse et plus active,

si blando nequeat superesse labori.

Mais n’est ce pas grande impudence d’apporter nos imperfections et foiblesses en lieu où nous desirons plaire, et y laisser bonne estime de nous et recommandation ? Pour ce peu qu’il m’en faut à cette heure,

ad unum,
Mollis opus,

je ne voudrois importuner une personne que j’ay à reverer et craindre :

Fuge suspicari,
Cujus heu denum trepidavit aetas,
Claudere lustrum.

Nature se devoit contenter d’avoir rendu cet aage miserable, sans le rendre encore ridicule. Je hay de le voir, pour un pouce de chetive vigueur qui l’eschaufe trois fois la semaine, s’empresser et se gendarmer de pareille aspreté, comme s’il avoit quelque grande et legitime journée dans le ventre : un vray feu d’estoupe. Et admire sa cuisson si vive et fretillante, en un moment si lourdement congelée et esteinte. Cet appetit ne devroit appartenir qu’à la fleur d’une belle jeunesse. Fiez vous y, pour voir, à seconder cett’ardeur indefatigable, pleine, constante et magnanime qui est en vous, il vous la lairra vrayement en beau chemin ! Renvoiez