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DE L’ESPRIT DES LOIS.


    qu'exprime ici Montesquieu était l'opinion courante parmi les protestants. Jurieu (Esprit de M. Arnaud, 1681, t. II, p. 335) dit presqu’en mêmes termes : « C'est un malheur. Je l'avoue, d'avoir plusieurs sectes dans un État, et Je ne trouve pas étrange que des princes prennent leurs précautions pour empêcher le mal de venir, quand il n'est pas venu. C'est pourquoi je ne sçaurois blâmer les Suisses, qui ne peuvent souffrir que de nouvelles sectes prennent naissance chez eux. Mais quand une fois les sectes sont établies, c'est une folie et une imprudence de les vouloir extirper par la violence. La Hollande est pleine de différentes religions. Il eût été à souhaiter qu’on eût étouffé ces désordres dans leur naissance. Mais si aujourd’hui on entreprenoit de supprimer ces différentes sectes par violence, on ruineroit l’État, et on ne feroit rien pour l’Église. Un mal qui a jeté ses racines jusque dans les parties intérieures ne sçauroit être extirpé sans qu’il en coûte la vie. »

    Que de temps il a fallu pour faire entrer dans la conscience moderne cette vérité si simple que la croyance de l'individu intéresse son salut, mais ne concerne point l’État ? Combien de gens ne sont-ils pas encore imbus de l’erreur que l’unité de croyance serait une force pour l’État. Et cependant il est visible que la pleine liberté religieuse est aussi favorable à la société qu’à l'Église.

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