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DE L’ESPRIT DES LOIS.


fait, dans quelques mois de temps, hausser ces actions vingt ou vingt-cinq fois au delà de la valeur du premier achat ; et que ce même État eût établi une banque dont les billets dussent faire la fonction de monnoie ; et que la valeur numéraire de ces billets fût prodigieuse, pour répondre à la prodigieuse valeur numéraire des actions (c’est le système de M, Law) : il suivroit de la nature de la chose, que ces actions et billets s’anéantiroient de la même manière qu’ils se seroient établis. On n’auroit pu faire monter tout à coup les actions vingt ou vingt-cinq fois plus haut que leur première valeur, sans donner à beaucoup de gens le moyen de se procurer d’immenses richesses en papier : chacun chercheroit à assurer sa fortune ; et, comme le change donne la voie la plus facile pour la dénaturer, ou pour la transporter où l’on veut, on remettroit sans cesse une partie de ses effets chez la nation qui règle le change. Un projet continuel de remettre dans les pays étrangers, feroit baisser le change. Supposons que, du temps du Système, dans le rapport du titre et du poids de la monnoie d’argent, le taux du change fut de quarante gros par écu ; lorsqu’un papier innombrable fut devenu monnoie , on n’aura plus voulu donner que trente-neuf gros par écu ; ensuite que trente-huit, trente-sept, etc. Cela alla si loin, que l’on ne donna plus que huit gros, et qu’enfin il n’y eut plus de change [1].

C’étoit le change qui devoit, en ce cas, régler en France la proportion de l’argent avec le papier. Je suppose que, par le poids et le litre de l’argent, l’écu de trois livres d’argent valût quarante gros, et que le change, se faisant en papier, l’écu de trois livres en

  1. Lettres persanes CXXXVIII, CXLII.