Page:Montesquieu - Esprit des Lois - Tome 2.djvu/122

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loi locale qui le défend ne sçauroit être bonne pour d’autre pays ([1]), où le cochon est une nourriture presque universelle, & en quelque façon nécessaire.

Je ferai ici une réflexion. Sanctorius a observé que la chair de cochon que l’on mange, se transpire peu ; & que même cette nourriture empêche beaucoup la transpiration des autres alimens ; il a trouvé que la diminution alloit à un tiers ([2]) ; on sçait d’ailleurs que le défaut de transpiration forme ou aigrit les maladies de la peau : la nourriture du cochon doit donc être défendue dans les climats où l’on est sujet à ces maladies, comme celui de la Palestine, de l’Arabie, de l’Egypte & de la Lybie.



CHAPITRE XXVI.

Continuation du même sujet.

M. CHARDIN ([3]) dit qu’il n’y a point de fleuve navigable en Perse, si ce n’est le fleuve Kur, qui est aux extrémités de l’empire. L’ancienne loi des Guebres, qui défendoit de naviger sur les fleuves, n’avoit donc aucun inconvénient dans leur pays : mais elle auroit ruiné le commerce dans un autre.

Les continuelles lotions sont très en usage dans les climats chauds. Cela fait que la loi mahométane & la religion Indienne les ordonnent. C’est un acte très-méritoire aux Indes de prier dieu dans l’eau courante ([4]) : mais comment exécuter ces choses dans d’autres climats ?

Lorsque la religion fondée sur le climat a trop cho-

  1. Comme à la Chine.
  2. Médecine statique, sect. 3, aphorisme 23.
  3. Voyage de Perse, tom. II.
  4. Voyage de Bernier, tom. II.