Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/132

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la vie ; on sait cela en général : et on cherche pourquoi, dans une certaine occasion particulière, ils ont craint de la perdre !

Quoique les livres sacrés de toutes les nations soient remplis de ces terreurs paniques ou surnaturelles, je n’imagine rien de si frivole, parce que, pour s’assurer qu’un effet qui peut être produit par cent mille causes naturelles, est surnaturel, il faut avoir auparavant examiné si aucune de ces causes n’a agi ; ce qui est impossible.

Je ne t’en dirai pas davantage, Nathanaël : il me semble que la matière ne mérite pas d’être si sérieusement traitée.

De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720.

P. S. — Comme je finissois, j’ai entendu crier dans la rue une lettre d’un médecin de province à un médecin de Paris (car ici toutes les bagatelles s’impriment, se publient, et s’achètent) : j’ai cru que je ferois bien de te l’envoyer, parce qu’elle a du rapport à notre sujet. Il y a bien des choses que je n’entends pas : mais toi qui es médecin, tu dois entendre le langage de tes confrères.


lettre d’un médecin de province
à un médecin de paris

Il y avoit dans notre ville un malade qui ne dormoit point depuis trente-cinq jours : son médecin lui ordonna l’opium ; mais il ne pouvoit se résoudre à le prendre ; et il avoit la coupe à la main, qu’il étoit plus indéterminé que jamais.