Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/134

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a-t-on pris mon opium ? On ne lui répond rien : la femme, la fille, le petit garçon, tous transportés de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande ce que c’est ; On lui dit : Vive le père Caussin ! Il faut l’envoyer relier. Qui l’eût dit ? Qui l’eût cru ? C’est un miracle ! Tenez, Monsieur, voyez donc le père Caussin : c’est ce volume-là qui a fait dormir mon père. Et là-dessus on lui expliqua la chose, comme elle s’étoit passée.

Le médecin étoit un homme subtil, rempli des mystères de la Cabale et de la puissance des paroles et des esprits : Cela le frappa ; et, après plusieurs réflexions, il résolut de changer absolument sa pratique. Voilà un fait bien singulier, dit-il. Je tiens une expérience ; il faut la pousser plus loin. Hé pourquoi un esprit ne pourroit-il pas transmettre à son ouvrage les mêmes qualités qu’il a lui-même ? Ne le voyons-nous pas tous les jours ? Au moins cela vaut-il bien la peine de l’essayer. Je suis las des apothicaires : leurs sirops, leurs juleps et toutes les drogues galéniques ruinent les malades et leur santé : changeons de méthode ; éprouvons la vertu des esprits. Sur cette idée il dressa une nouvelle pharmacie, comme vous allez voir par la description que je vous vais faire des principaux remèdes qu’il mit en pratique :

Tisane purgative.

Prenez trois feuilles de la Logique d’Aristote en grec ; deux feuilles d’un traité de théologie scolastique le plus aigu (comme, par exemple, du subtil Scot) ; quatre de Paracelse ; une d’Avicenne ; six d’Averroès ; trois de Porphyre ; autant