Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/66

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parce que l’on ne s’attache jamais à l’un, que ce ne soit aux dépens de l’autre.

Quant aux pays catholiques, non-seulement la culture des terres y est abandonnée, mais même l’industrie y est pernicieuse ; elle ne consiste qu’à apprendre cinq ou six mots d’une langue morte. Dès qu’un homme a cette provision par devers lui, il ne doit plus s’embarrasser de sa fortune : il trouve dans le cloître une vie tranquille, qui, dans le monde lui auroit coûté des sueurs et des peines.

Ce n’est pas tout : les dervis ont en leurs mains presque toutes les richesses de l’État ; c’est une société de gens avares, qui prennent toujours, et ne rendent jamais : ils accumulent sans cesse des revenus pour acquérir des capitaux. Tant de richesses tombent, pour ainsi dire, en paralysie ; plus de circulation, plus de commerce, plus d’arts, plus de manufactures.

Il n’y a point de prince protestant qui ne lève sur ses peuples dix fois plus d’impôts que le pape n’en lève sur ses sujets ; cependant ces derniers sont misérables, pendant que les autres vivent dans l’opulence. Le commerce ranime tout chez les uns, et le monachisme porte la mort partout chez les autres.

De Paris, le 26 de la lune de Chahban 1718.