Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/78

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un moufti chrétien ne le soutient qu’avec peine ; le grand vizir d’Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour châtier les sectateurs d’Omar ; il porte partout la colère du ciel irrité contre leur rébellion et leur perfidie.

Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit et jour sur les enfants du Prophète que le détestable Omar a dévoyés ; tes entrailles s’émeuvent à la vue de leurs malheurs ; tu désires leur conversion, et non pas leur perte ; tu voudrois les voir réunis sous l’étendard d’Ali par les larmes des saints ; et non pas dispersés dans les montagnes et dans les déserts par la terreur des infidèles.

De Paris, le premier de la lune de Chalval 1718.

LETTRE CXXV.

USBEK À RHÉDI.
À Venise.


Quel peut être le motif de ces libéralités immenses que les princes versent sur leurs courtisans ? Veulent-ils se les attacher ? Ils leur sont déjà acquis autant qu’ils peuvent l’être. Et, d’ailleurs, s’ils acquièrent quelques-uns de leurs sujets en les achetant, il faut bien, par la même raison, qu’ils en perdent une infinité d’autres en les appauvrissant.

Quand je pense à la situation des princes, toujours entourés d’hommes avides et insatiables, je ne puis que les plaindre : et je les plains encore