Page:Montesquieu - Pensées et Fragments inédits, t2, 1901.djvu/495

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et de la nature des avertissements qu’ils doivent lui donner.

Elle reçoit d’abord un sentiment, et, ensuite, elle en juge, elle ajoute, elle se corrige, elle règle un de ses sens par un autre ; et, sur ce qu’ils lui disent, 3 elle apprend ce qu’ils ont voulu lui dire.

L’âme ayant formé ces jugements naturels, elle forme de même tous ceux qu’elle peut faire avec la même facilité, et qui sont tels, la plupart, qu’elle ne peut s’empêcher de les former. 1o

Elle voit un carré ; elle ne le voit pas tout seul, mais d’autres choses. Les voyant toutes ensemble, elle peut les comparer : car, si elle ne voyoit pas que le carré a des angles, et que le cercle n’en a pas, elle ne verroit ni la figure du carré, ni celle du 13 cercle. Dès qu’elle voit des rapports effectifs, elle en verra d’autres qui ne sont point : car, de ce qu’elle voit qu’un carré a quatre côtés, et qu’un cercle n’en a point, elle voit aussi qu’un carré n’a pas huit côtés, et qu’un cercle n’en a pas cinquante. 2o Elle aura une idée du nombre, parce que, voyant un carré auprès d’un autre, elle aura dit : « Si celui-ci étoit celui-là, lorsque je détournerois mes yeux de celui-ci, je ne verrois plus celui-là ; c’en sont donc deux. Un autre ; c’en sont donc trois. » Quand elle i5 ne saura pas combien il y en aura, elle aura une idée qui répondra à celle de confusion. Après avoir vu des carrés dans un certain espace, elle pourra croire qu’il y en a autant dans un autre espace ; elle verra donc des carrés possibles, quand elle ne 3o regardera pas les carrés comme placés dans un certain