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Liv. XXIII. Chap. I.


LIVRE XXIII.

Des Lois, dans le rapport qu’elles ont avec le nombre des habitans.




CHAPITRE PREMIER.

Des hommes & des animaux, par rapport à la multiplication de leur espece.


O Vénus ! ô mere de l’Amour !
Dès le premier jour que ton astre ramene,
Les zéphirs font sentir leur amoureuse haleine ;
La terre orne son sein de brillantes couleurs,
Et l’air est parfumé du doux esprit des fleurs.
On entend les oiseaux frappés de ta puissance,
Par mille sons lascifs célébrer ta présence :
Pour la belle génisse, on voit les fiers taureaux,
Ou bondir dans la plaine, ou traverser les eaux.
Enfin, les habitans des bois & des montagnes,
Des fleuves & des mers, & des vertes campagnes,
Brûlant à ton aspect d’amour & de désir,
S’engagent à peupler par l’attrait du plaisir :
Tant on aime à te suivre, & ce charmant empire
Que donne la beauté sur tout ce qui respire.[1]


Les femelles des animaux ont à peu-près une fécondité constante. Mais dans l’espece humaine, la maniere de

  1. Traduction du commencement de Lucrece, par le sieur d’Hesnaut.