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DES POISSONS

dans des eaux nouvelles, pour y récolter de quoi compenser nos pertes, avec des chances de plus grands profits. Nous pourrons ainsi tirer avantageusement parti des innombrables lacs et cours d’eau disséminés dans les Laurentides et au delà, dont une protection intelligente et une culture éclairée feraient une source de richesse publique inépuisable. Bien connaître la nature du fond, la profondeur des eaux d’un lac, le nombre des cours d’eau, des ruisseaux qui s’y déversent, les ombrages qui l’entourent, est chose de première nécessité pour y semer les espèces qui pourront y prospérer. Une fois le lac peuplé comme il convient, le temps du frai devient l’objet d’une étude attentive pour chaque lac, suivant sa latitude, son altitude, l’exposition, la température de ses eaux. Un lac alimenté par des rivières de cours lent et long conservera ses eaux froides plus longtemps qu’un lac qui ne reçoit que de petits cours d’eau. Le plus ou moins de profondeur de la masse des eaux exerce une influence analogue. D’autres circonstances qui ne peuvent être connues que par des observations répétées expliqueront, tantôt la hâtivité, tantôt le retardement de la ponte et de l’éclosion des œufs. Prenez pour exemple un poisson de valeur, et bien connu, l’achigan. Ce poisson dépose ses œufs dans un nid de gravier, en forme d’assiette, à une profondeur variant de trois pieds à un pied et demi ; les œufs déposés à la plus faible profondeur éclosent invariablement les premiers. Dans le même lac, il y aura une différence de plusieurs jours dans l’éclosion, suivant l’exposition des œufs à la lumière et à la chaleur du soleil. Les vieux couples seront plus réguliers et plus hâtifs dans leur ponte, que les jeunes à leur première parturition. En sorte qu’il importe de s’enquérir minutieusement des circonstances de lieux, de latitude, de hauteurs, de la condition des eaux, de la taille et des mœurs d’un poisson, avant de fixer l’époque du frai dans un but de protection effective.